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Paru dans Le Soir 6/08/2005
Une campagne globale pour une convention sur les armes nucléaires à l’horizon 2010, à l’occasion du 60ème anniversaire du bombardement d’Hiroshima le 6 août
Par M. Tadatoshi Akiba, Bourgmestre d’Hiroshima (1), co-signé par 78 bourgmestres belges au 2 août 2005.
Il y a 60 ans, à 8h15 du matin, le soleil brillait dans un ciel bleu et paisible quand le bombardier américain B-29 Enola Gay apparut tel un oiseau d’argent au dessus de la ville d’Hiroshima. Quelques secondes plus tard, il largua la bombe à uranium « Little Boy » qui explosa 580 mètres au dessus de la ville. La bombe causa instantanément un flash aveuglant et une boule de feu qui fit approcher des 4000 degrés la température au sol. Jamais auparavant une telle bombe, équivalente à 15 000 tonnes de TNT, n’avait été larguée sur une ville d’une centaine de milliers d’habitants. La ville se transforma instantanément en cauchemar éveillé, avec des milliers de brûlés vifs et des milliers d’autres personnes tuées par l’énorme explosion qui souffla la plupart des bâtiments. Hiroshima fut ainsi changée en ville fantôme, remplie de grands brûlés ainsi que d’une souffrance terrible. Peu d’assistance médicale était disponible, étant donné que les hôpitaux, les médecins et les infirmiers comptaient parmi les victimes de la bombe atomique.
Il devint vite clair qu’il s’agissait de bien plus qu’une grosse bombe. C’était la première bombe à radiations, un tueur silencieux qui pourchasserait les survivants pendant les années et les décennies suivantes. On estime que 80 000 personnes sont mortes dans l’enfer d’Hiroshima le 6 août 1945, tandis que 50 ou 70 000 autres ont péri avant la fin de 1945. Ce bref décompte devrait suffire à démontrer l’inhumanité des armes nucléaires.
Trois jours après Hiroshima, une bombe au plutonium détruisit Nagazaki, et pendant les trois ans qui suivirent, l’humanité fut entraînée dans une course aux armements, et le simple développement et les essais de milliers d’armes nucléaires eurent un impact dévastateur sur l’environnement.
Aujourd’hui, le Stockholm International Peace Research Institute estime qu’il y a 13 470 têtes nucléaires opérationnelles dans le monde. Si l’on inclut les têtes non actives, l’inventaire global amène les estimations à près de 27 600 têtes, assez pour effacer plusieurs fois toute forme de vie sur terre.
Les mines d’uranium, les installations d’enrichissement et de réutilisation, les montagnes de déchets radioactifs et particulièrement les 2000 essais nucléaires sont à l’origine d’un énorme désastre pour l’environnement et la santé publique. Le Dr Rosalie Bertel, une scientifique américaine réputée, estime que « le nombre total de victimes de la pollution par les radiations liée à la production, aux essais, à l’usage et aux déchets nucléaires avoisine les 13 millions ».
Le TNP, pierre d’angle du désarmement nucléaire, est en crise
Le Traité de non-prolifération de 1968 nous promettait de sortir de la folie des armes nucléaires. Afin d’empêcher de nouveaux Etats d’acquérir des armes nucléaires, les puissances nucléaires officielles ont accepté de négocier un traité interdisant toutes les armes nucléaires. A la Conférence de Révision de 2000, une série d’étapes très pratiques et réalistes ont été acceptées, qui, si elles étaient mises sur pied, nous conduiraient vers un monde sans armes nucléaires. Cependant, depuis lors, on assiste à une rapide érosion du TNP, les Etats-Unis développant de nouvelles armes nucléaires, se retirant unilatéralement du traité ABM (anti balistic missile) et refusant de ratifier le « Comprehensive Nuclear Test Ban Treaty » (Traité d’interdiction complète des essais nucléaires). Dans le même temps, la Corée du Nord s’est retirée du traité et l’Iran est fortement suspecté d’avoir des ambitions nucléaires. La Russie a suivi le mouvement et a annoncé une modernisation de son arsenal, ce qui n’a surpris personne. Dans ces circonstances, la Conférence de Révision du Traité de non-prolifération en mai dernier à New York ne pouvait être qu’un échec.
L’équilibre fragile entre la prolifération horizontale et verticale a été remis en cause. Comment peut-on arrêter la prolifération horizontale pour des pays comme l’Iran sans dans le même temps avancer systématiquement vers l’élimination complète des arsenaux anglais, chinois, français, russe et américain ?
Aujourd’hui, les forces démocratiques dans les pays occidentaux sont défiées par le refus des puissances nucléaires de se conformer aux obligations découlant de l’article VI du TNP qu’ils ont accepté en ratifiant le traité en 1970. L’Article VI ne laisse aucune place au doute ni aux interprétations : « Chacune des Parties au Traité s'engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace ».
C’est ici que nous demandons en tant que Bourgmestres pour la paix que le gouvernement belge revête un rôle prépondérant, avec d’autres gouvernements occidentaux, pour sortir le monde de l’impasse nucléaire. La grande majorité de la population est à nos côtés, et plus de 110 gouvernements du Sud se sont rassemblés en six zones officielles dénucléarisées, faisant de la plus grande part de l’hémisphère Sud une zone dénucléarisée (2).
Aujourd’hui, nous invitons le gouvernement belge à promouvoir activement le démarrage de négociations multilatérales menant à un traité sur les armes nucléaires, traité interdisant le développement, les essais, la production, le stockage, le transfert, l’usage et la menace d’utiliser toute arme nucléaire et définissant un plan en plusieurs étapes pour leur élimination complète. Un modèle de traité sur les trmes nucléaires a été soumis aux Nations Unies par le Costa Rica et a été distribué par le Secrétaire Général comme un document de l’ONU (3). Chaque année, l’Assemblée Générale de l’ONU adopte des résolutions en faveur du désarmement nucléaire. Malheureusement, ces résolutions appelant les leaders du monde à remplir leurs responsabilités en débarrassant le monde de la menace des armes nucléaires sont systématiquement ignorées par les médias occidentaux. Ils semblent continuer à jouer un rôle pervers en faisant deux poids deux mesures, présentant la Corée du Nord comme le mauvais élément, tout en feignant d’ignorer les refus anglais, français et américains de respecter leurs engagements en termes de désarmement. On peut en dire autant de tous les membres de l’OTAN, qui continuent de s’appuyer sur la menace nucléaire comme élément de leur politique de sécurité commune.
Le gouvernement belge pourrait faire un pas important au sein de l’OTAN en demandant le retrait des armes nucléaires américaines secrètement entreposées sur son territoire. Les Etats-Unis déploient environ 480 armes nucléaires tactiques sur des bases de l’OTAN de six pays européens, un arsenal nucléaire plus puissant que celui de la Chine. Les Etats-Unis sont la seule puissance nucléaire à déployer des armes nucléaires hors de son propre territoire. La base de l’OTAN de Kleine Brogel au nord-est de la Belgique a la capacité d’abriter 20 bombes américaines B61, dont chacune a une puissance jusqu’à quatorze fois supérieure à celle d’Hiroshima. En 1945, 140 000 personnes sont mortes à Hiroshima à cause d’une seule bombe atomique.
Le 21 avril 2005, le sénat belge a approuvé une résolution demandant le retrait des armes nucléaires américaines en Europe. La Chambre a approuvé une résolution similaire le 13 juillet dernier. En Belgique, près de la moitié des bourgmestres ont rejoint l’Objectif 2020 pour l’élimination complète de toutes les armes nucléaires en 2020 (4). Le 6 août 2005 sera désormais connu comme le jour où les bourgmestres belges ont soutenu l’appel du Parlement demandant une approche équilibrée du régime de non prolifération.
Aujourd’hui, le gouvernement belge doit agir rapidement et nouer de nouvelles alliances solides pour aller vers un monde dans lequel les enfants seront libérés de la menace d’un holocauste nucléaire, comme celui qu’ont vécu les habitants de la ville japonaise d’Hiroshima il y a soixante ans de cela.
Notes:
(1) Le maireTadatoshi Akiba est également Président du réseau Mayors for Peace qui compte plus de 1000 bourgmestres membres dans plus de 110 pays
http://www.pcf.city.hiroshima.jp/mayors/english/
(2) Zones dénucléarisées: http://www.opanal.org/NWFZ/NWFZ's.htm
(3) Modèle de traité sur les armes nucléaires introduit par le Costa Rica http://www.abolition2000.org/groups/nwc/index.php
(4) Le 11 juillet, 235 bourgmestres belges sur un total de 589 ont signé l’Objectif 2020 et sont devenus membres du réseau Mayors for Peace http://www.motherearth.org/m4p/list_nl.php
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